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Conceptions du temps

« L’humanité entière, dans l’espace et dans le temps est une immense armée qui galope à côté de chacun de nous… » (Henri BERGSON, L’Evolution Créatrice).

L’homme peut-il domestiquer le temps ? Le temps dicte-t-il ses comportements ? L’être humain en voulant maîtriser le temps, cherche-t-il à se positionner devant un infini ? Comment peut-il parvenir à identifier et satisfaire ses propres besoins ? Comment réussit-il à dissocier l’essentiel du superflu et à faire le tri dans toutes les sollicitations ?

Dans notre civilisation technologique, de communication et d’information, le temps occupe une place prépondérante. Les sollicitations auxquelles nous sommes confrontés sont croissantes, les outils informatiques (messagerie instantanée, Internet…) dont nous disposons dématérialisent nos références spatio-temporelles et il est nécessaire de nous adapter à ces évolutions pour garder le contrôle de notre quotidien. Tandis que notre corps subit sensiblement des transformations et en présente les stigmates, notre esprit n’a pas systématiquement conscience du temps qui passe.
Parce que le temps humain est limité, il convient d’en prendre soin et de le faire fructifier avec pragmatisme et délectation. Tout cela passe par une conception et une gestion du temps propres à chaque individu.

La notion de temps est difficile à définir, car elle relève de perceptions et d’approches aussi variées que paradoxales. Saint Augustin la perçoit de la manière suivante : «  Qu’est-ce que le temps ? Si personne ne me le demande, je le sais, mais si l’on me pose la question et que je veuille l’expliquer, alors je ne sais plus.  ».

Son caractère évanescent, impalpable et irréversible nous incite à le matérialiser dans l’espace de manière cyclique (renouvellement des saisons), ou de façon linéaire et vectorielle (flèche du temps qui passe, temps historique).

Le temps n’existe pas en soi, il n’est pas absolu, mais relatif. Nous lui conférons une valeur objective grâce à des repères pour mieux l’appréhender ou le mesurer : calendriers, horloges, sabliers, cadrans solaires, agendas… Tous ces systèmes participent d’une manière de domestiquer le temps.

Cependant, ce temps terrestre, bien que mécanisé et dicté par la nature (l’année découpée en fonction des douze lunaisons, la semaine de sept jours inspirée des phases de la lune…) peut être conçu de manière subjective en fonction des individus, des cultures, des religions, des sciences… Chacun lui confère une valeur différente. On peut le trouver long, trop rapide, propice, rare, précieux… Nous en avons tous une interprétation très personnelle : un évènement prioritaire pour l’un, représentera un fait anodin pour l’autre.

La conception du temps est donc indissociable de l’image de l’homme, de la civilisation à laquelle il appartient, de son héritage culturel et de son univers mental (personnalité, ressentis, expériences vécues…). Ainsi, certains choisissent de le contrôler avec minutie quand d’autres préfèrent se languir pour éviter de troubler le cours de leur vie. Ces manières d’exploiter le temps dépendent également des objectifs personnels et professionnels d’évolution des individus.

La pluralité des visions du temps nous renvoie à la dialectique de l’identité et de l’altérité : notre représentation du temps, liée à l’utilisation que nous en faisons dicte notre appréhension de nous-mêmes, des autres et du monde, « Voyez-vous mon ami, nous appartenons à cette sorte de gens qui connaissent la valeur du temps et vous vous appartenez à cette sorte de gens qui ne connaissent pas la valeur du temps » (phrase du personnage Bounderby dans Hard Time de Charles Dickens).

En intégrant cette diversité de représentations dans notre conception du temps, nous pouvons mieux l’anticiper et le gérer.

Toutefois, lorsque l’on se rend disponible pour les autres, il est essentiel de rester maître de son temps et de veiller à garder le contrôle de sa propre existence. Occulter perpétuellement ses propres priorités pour répondre à celles de ses interlocuteurs peut s’avérer périlleux : se laisser guider par les évènements et consentir à ce que les autres rythment notre vie revient quelquefois à se consumer lentement.

Il est nécessaire de se réserver des moments hors du temps afin de prendre de la hauteur par rapport à son quotidien pour le considérer de manière globale, tant individuellement que collectivement, comme le soulignait Edouard HALL, « Le temps est le seul bien que nous ayons dans cette vie ; et je crois que la vie pourrait être plus riche et avoir davantage de significations si chacun en savait plus sur le temps et sur la manière dont il l’affecte personnellement. ».

Le temps terrestre est-il une perpétuelle école de la vie ?

Véronique Laguionie ©SYMATOP SAS